21 mars 2011

Philinte, Alceste, le bon chrétien, l’amitié ou une misanthropie refoulée à l’aire de facebook

 

 

Je suis paradoxe.

Je hais la race humaine, tout en aimant l’homme.

A moins que je n’aime la race humaine, tout en détestant l’homme ?

Je pense profondément que l’homme est bon. Mais la plupart de mes rencontres n’est qu’égoïsme et perfidie.

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J’ai toujours lutté contre ma misanthropie par des sourires de complaisance, parce que je ne veux pas me révéler aussi mauvaise que je ne le suis, bien que je ne le veuille pas l’être.

Parce que l’homme est ridicule, mais mon empathie m’empêche de le lui révéler. Sottise ! Lui n’hésiterait pas !

Parce que l’homme est détestable et c’est la raison pour laquelle je refoule ma misanthropie, car elle m’inclurait !

 

« Plus j’aime l’humanité en général, moins j’aime les gens en particulier en particulier »

Fédor Dostoïevski

 

L’amitié ou le syndrome facebook.

Multiplier, multiplier, multiplier. Le sentiment d’être aimé confer le chiffre qu’indique le compteur d’ami. Mettre sa vie en scène, grâce aux photos soigneusement sélectionnées.

 

Procès facebook, lui-même stéréotypé, trop relayé, aussi politiquement incorrect que les inrocks.

 

Transposé à la vie, il y a quoi donner des sueurs froides. C’est aussi comme ca que ca se passe, chers amis. L’amitié, telle qu’elle est considérée aujourd’hui, est à l’image de ce qu’elle est sur Facebook. Multiple, frêle, incertaine, insignifiante, creuse et grotesque.

 

Rousseau, a fini sa vie seul. Sans amis, au nom de l’amitié. (j’aime)

Le bon Chrétien, n’a pas d’ami. Car aimer son prochain sous-tend qu’il ne doit pas faire de sélection parmi les hommes et les estimer de manière égale.

Je suis un peu de tout ça. Mais mon conflit intérieur, c’est Alceste et Philinte qui l’expriment le mieux

 

Philinte.
Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre,
et quoique amis enfin, je suis tout des premiers...
Alceste.
Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers.
J' ai fait jusques ici profession de l' être ;
mais après ce qu' en vous je viens de voir paroître,
je vous déclare net que je ne le suis plus,
et ne veux nulle place en des coeurs corrompus.
Philinte.
Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte ?
Alceste.
Allez, vous devriez mourir de pure honte ;
une telle action ne sauroit s' excuser,
et tout homme d' honneur s' en doit scandaliser.
Je vous vois accabler un homme de caresses,
et témoigner pour lui les dernières tendresses ;
de protestations, d' offres et de serments,
vous chargez la fureur de vos embrassements ;
et quand je vous demande après quel est cet homme,
à peine pouvez-vous dire comme il se nomme ;
votre chaleur pour lui tombe en vous séparant,
et vous me le traitez, à moi, d' indifférent.
Morbleu ! C' est une chose indigne, lâche, infâme,
de s' abaisser ainsi jusqu' à trahir son âme ;
et si, par un malheur, j' en avois fait autant,
je m' irois, de regret, pendre tout à l' instant.
Philinte.
Je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable,
et je vous supplierai d' avoir pour agréable
que je me fasse un peu grâce sur votre arrêt,
et ne me pende pas pour cela, s' il vous plaît.
Alceste.
Que la plaisanterie est de mauvaise grâce !
Philinte.
Mais, sérieusement, que voulez-vous qu' on fasse ?
Alceste.
Je veux qu' on soit sincère, et qu' en homme d' honneur,
on ne lâche aucun mot qui ne parte du coeur.
Philinte.
Lorsqu' un homme vous vient embrasser avec joie,
il faut bien le payer de la même monnoie,
répondre, comme on peut, à ses empressements,
et rendre offre pour offre, et serments pour serments.
Alceste.
Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
qu' affectent la plupart de vos gens à la mode ;
et je ne hais rien tant que les contorsions
de tous ces grands faiseurs de protestations,
ces affables donneurs d' embrassades frivoles,
ces obligeants diseurs d' inutiles paroles,
qui de civilités avec tous font combat,
et traitent du même air l' honnête homme et le fat.
Quel avantage a-t-on qu' un homme vous caresse,
vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
et vous fasse de vous un éloge éclatant,
lorsque au premier faquin il court en faire autant ?
Non, non, il n' est point d' âme un peu bien située
qui veuille d' une estime ainsi prostituée ;
et la plus glorieuse a des régals peu chers,
dès qu' on voit qu' on nous mêle avec tout l' univers :
sur quelque préférence une estime se fonde,
et c' est n' estimer rien qu' estimer tout le monde.
Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps,
morbleu ! Vous n' êtes pas pour être de mes gens ;
je refuse d' un coeur la vaste complaisance
qui ne fait de mérite aucune différence ;
je veux qu' on me distingue ; et pour le trancher net,
l' ami du genre humain n' est point du tout mon fait.
Philinte.
Mais, quand on est du monde, il faut bien que l' on rende
quelques dehors civils que l' usage demande.
Alceste.
Non, vous dis-je, on devroit châtier, sans pitié,
ce commerce honteux de semblants d' amitié.
Je veux que l' on soit homme, et qu' en toute rencontre
le fond de notre coeur dans nos discours se montre,
que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
ne se masquent jamais sous de vains compliments.
Philinte.
Il est bien des endroits où la pleine franchise
deviendroit ridicule et seroit peu permise ;
et parfois, n' en déplaise à votre austère honneur,
il est bon de cacher ce qu' on a dans le coeur.
Seroit-il à propos et de la bienséance
de dire à mille gens tout ce que d' eux on pense ?
Et quand on a quelqu' un qu' on hait ou qui déplaît,
lui doit-on déclarer la chose comme elle est ?
Alceste.
Oui.

 

Le Misanthrope, Molière.

Posté par chablog à 18:08 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Philinte, Alceste, le bon chrétien, l’amitié ou une misanthropie refoulée à l’aire de facebook

    So what???
    Mais que se passe t'il donc? D'où vient une telle désillusion?
    Mais je suis d'accord avec toi sur facebook...sur la centaine "d'amis" que j'y ai, avec combien je parle vraiment...? combien en ai je accepté pour ne pas les vexer alors que finalement je n'ai rien à leur dire.....
    bref

    Posté par maman caillou, 22 mars 2011 à 20:15 | | Répondre
  • Cela fait bien longtemps que je ne m'en fait plus, d'illusions !
    A chaque fois qu'un Homme me déçoit, c'est l'humanité tout entière que je pense moisie. A tort, peut être.

    Posté par CHa, 22 mars 2011 à 21:25 | | Répondre
  • moi je reste très optimiste sur le genre humain...obligée sinon je déprime!!! allez , hauts les cœurs !!!

    Posté par maman caillou, 23 mars 2011 à 10:05 | | Répondre
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